Je n’ai longtemps été qu’une tête pensante. Mon corps n’était qu’un ensemble d’os, de chair et de muscle me permettant de bouger et d’effectuer des taches utiles. Ce corps, je crois que j’avais voulu l’oublier, pour moins souffrir.

Plus petite, il a même du être mon ennemi, ne répondant pas à mon désir (je devrais dire celui de ma mère) d’être un garçon.

Je crois que j’ai tout fais pour que ça arrive, mais on ne lutte pas contre la nature et je n’ai pu que faire semblant. Semblant d’être un garçon.

Jeune c’était assez facile, pas de forme, une coupe de cheveux asexués, des pantalons, et le tour était joué. Je refusais catégoriquement de porter des jupes, et je jouais avec mon big jim plutôt qu’avec barbie, qui n’avait que le seul intérêt de lui servir de compagne. Lui était beau comme un dieu avec des muscles saillants, il escaladait les montagnes, conduisait son 4x4, nageait dans les rivières, faisait gonflé son biceps lorsqu’on lui pliait le bras, (que d’émotions ;)) pendant que barbie faisait la cuisine… (no comment)

A l’adolescence, ça a commencé à être plus difficile, mais pas incontournable, grand t shirt dans lesquels je me noyais, si possible avec une grosse tête de mort sur le devant à l’effigie du groupe de hard le plus dur, coupe de garçon, et une attitude qui faisait qu’aucune fille n’avait envie de rentrer en conflit avec moi !

J’ai donné le change, je traînais avec les voyous, et mon apprentissage au collège consistait à apprendre à voler des trousses, à aller fumer derrière le collège, j’en passe et des meilleurs…

De mes amourettes de collège, je ne garde pas un très bon souvenir, moi j’étais la pote, celle à qui on confie ses petits soucis, mais pas celle dont on tombe fou amoureux… lorsqu’un garçon me plaisait souvent je ne lui plaisais pas et je me retrouvais avec celui qui par dépit, pensais je, sortait avec moi.

Déjà, c’était difficile, à encaisser pour moi, et je me rappelle encore du prénom de celui qui me faisait craqué mais qui n’a jamais voulu de moi. Mais je me rappelle aussi de sa petite copine, que je trouvais très très jolie et pour qui j’avais une pensée toute particulière ;)… (Pas encore très conscientisée à l’époque)

Plus tard au lycée, je me suis sentie plutôt bien, je suis tombée amoureuse pour la première fois de ma vie, d’une fille qui était aussi amoureuse de moi. De cette époque je me souviens de tous les plaisirs, et de la confiance que m’avait apporté cette relation. Lorsqu’elle se termina, c’est là que la grosse cassure s’est effectuée, et que le cycle infernal a commencé.

Je me suis sentie abandonnée, trahie, et là, mon corps est devenu de marbre, de fer. Même ma tête a du arrêter de fonctionner d’ailleurs puisque j’ai tout oublié, moi, mon corps, mes désirs profonds, mon attirance pour les filles, la sexualité, le plaisir, TOUT.

Ça n’était pas trop difficile, tout ça était oublié par la quantité de gens que je fréquentais, avec qui je faisais la fête, c’était l’époque des bringues tous les soirs, de l’alcool, des joints de temps en temps, bref de la vie étudiante mais pour moi, sans les amours… Je crois maintenant que j’essayais de ne pas trop y penser, mais que déjà ma situation de célibataire au long cours installait un malaise très profond et un rapport avec mon corps détestable. L’idée que j’étais une personne totalement indésirable (je pense imbaisable mais j’ose pas en premier énoncé) se gravait en moi très profondément. Et tout était mélangé, je ne sortais pas avec des garçons, il y avait toujours une fille avec qui j’étais très proche, mais je ne m’avouais pas qu’elle m’attirait plus que les garçons. Bref c’était le refoulement total.

De toute cette première partie de ma vie, une seule chose me restait présente en mémoire, je suis tellement moche que je ne suis pas désirable. Et ça a duré un peu plus de dix ans…

Et ça aurait pu durer beaucoup plus longtemps.

Là, la vie m’a tendu une perche, je suis tombée follement amoureuse d’une fille qui est tombée follement amoureuse de moi. Avec l’amour, comme les bonnes choses arrivent en général toutes en même temps, j’ai rencontré ma meilleure amie d’aujourd’hui qui faisait une thérapie, Et les choses ont commencé à bouger.

J’étais folle amoureuse, mais dans une dépendance totale, j’avais une demande d’amour énorme, un désir immense, mais mon corps ne répondait pas, il était endormi depuis trop longtemps sans doute…

Ce n’est que lorsque j’ai commencé une thérapie que j’ai découvert tout ça, tout ces mécanismes de défense que j’avais mis en place pour ne pas trop souffrir. Mon corps n’était plus qu’une armure, un rempart infranchissable. Pendant toutes ces années, j’avais construit une forteresse, avec des chiens de gardes vigilants : un regard ne signifiait jamais « tu me plais est ce qu’on peut faire connaissance ? » mais « tu as vu l’autre avec ses épaules de déménageurs (ou son gros ventre, ou sa sale tête (au choix du lecteur !)) ». Mes yeux lançaient donc des éclairs, et personne n’a jamais vraiment eu envie d’affronter mes mitraillettes.

C’est seulement à ce moment là que j’ai compris que c’est moi et seulement la haine que j’avais de moi qui faisait fuir les autres, et non pas une tare physique énorme…

Je n’ai recommencé à faire connaissance avec mon corps qu’en faisant… l’amour…. Et de la sophrologie !

J’ai recommencé à sentir que tout ça était en vie, le fait de respirer me semblait déjà une sensation délicieuse, la détente provoqué par la séance était un phénomène tellement inhabituel qu’il me faisait éclater en sanglot systématiquement, et j’ai su ce que voulait dire l’expression « sert les dents ça va passer » le jour ou la sophrologue à réussit à me les faire desserrer ce qui a provoqué une douleur intense de la mâchoire pendant 15 jours…

Après la sophro, et depuis la psychanalyse, comme de par hasard presque toutes les douleurs

qui étaient autant de signaux d’alarme envoyé par mon corps ont disparu.

Une nouvelle voie de communication entre mon corps et ma tête s’était ouverte, et avec elle un début d’acceptation de mon être.

Moi qui essayait à grand coup de régime permanent et de séance de muscu (5 fois par semaine quel masochisme !!!!!!!) de modeler mon corps sans succès (enfin si, mais démoralisé par une réflexion de ma sœur « ma pauvre raf, tu sais de toute façon quoi que tu fasses tu seras jamais mince »…), il m’a suffit de faire un travail sur moi pour voir mon poids se stabiliser sinon baisser. (Et là je jubile quand je vois ma sœur…gniac gniac)

Aujourd’hui, au bout de six ans de thérapie, il y a un début d’acceptation, un regard plus neutre, parfois aimant sur ce corps, sur moi. Mais pas encore de l’amour.