Je ne suis pas en très grande forme, ma vie me semble un peu trop linéaire, et même si elle est plaisante à de nombreux moments, je sens que l’ennui est là parfois. Depuis la première séance d’hypnose, la sensation d’un plus grand calme intérieur persiste, il me semble qu’il y a eu une sorte de déclic, j’ai l’impression d’être plus en paix avec moi-même, j’ai arrêté ces monologues dans ma tête qui me prenait tant de temps et qui étaient là pour me pourrir la vie. Je n’arrivais quasiment pas à faire autrement qu’à rejouer des scènes, en général pas très agréable, qui me mettait forcément en colère soi contre quelqu’une, soi contre moi-même. Mais ce nouvel état me parait tellement inhabituel que je n’arrive pas encore à m’y faire. C’est très bizarre…

A la fois je suis plus sereine, et à la fois il me manque quelque chose.

Je me sens assez seule en fait, sans doute parce que je n’ai personne d’autre à soigner que moi-même, j’ai reconstruit cette petite armure autour de moi qui me permet de ne pas trop ressentir la douleur qu’engendre le célibat, la solitude. Je suis obligée de redresser les barrières qui me protègent de ma famille qui profite de mes moindres faiblesses pour essayer à nouveau de reprendre le contrôle sur moi, c’est très fatiguant tout ça.

Et puis il y a l’angoisse…

L’angoisse toujours présente quand je me rends compte qu’il y a un décalage entre ce que j’ai compris en psychanalyse sur mes comportements et sur ceux des humains qui m’entourent, et sur ce que je suis capable de faire dans la réalité.

Cette solitude , c’est une des premières choses dont j’ai parlé à mon psy actuel lors de notre premier entretien, je m’en rappelle comme si c’était hier, je lui avait dit « j’aimerais ne plus être seule, avoir mon téléphone qui sonne, sortir danser, avoir des amis etc etc », il m’avait dit à l’époque, vous savez, il y a énormément de gens qui sont très entourés mais qui somme toute sont très seul, et je comprends très bien aujourd’hui ce qu’il voulait dire. Je connais beaucoup de gens qui ont une vie très « comme il faut », qui sortent, qui bougent, mais  personnellement je ne voudrais pas vivre leur vie à leur place. Je sais très bien pourquoi, parce qu’ils sont, pour la plupart, exactement comme moi j’étais il y a cinq ans : aveugle.

Aveugle de leur ignorance, de la pauvreté de leur rapport avec les autres, de la misère de leur petite vie bien rangé, dans l’obéissance permanente au schéma traditionnel que l’on  nous a appris, ou dans le fantasme d’une vie qu’ils n’auront jamais.

Ça fait environ trois ans que je ne fréquente plus ce genre de personne, que j’ai fais le ménage dans mes relations passés parce qu’elles étaient pour moi aussi néfaste que mes relations avec ma famille.

Ça a été difficile au début, et très culpabilisant de lâcher tout ces mangeurs d’énergie, tout ces gens qui avaient une vie aussi vide que la mienne, mais qui profitait de la petite étincelle d’énergie vacillante qu’il y a toujours eu au fond de moi, bien caché pour ne pas trop déplaire à ma mère.

Ma mère : cette inconnue que j’ai mise à nue en psychanalyse… moi qui croyais avoir eu une mère aimante et protectrice, je me suis découverte une mère tyrannique et d’un égoïsme insoupçonnable. Une mère qui m’a dressé contre mon père, et accessoirement contre les hommes, une mère pour qui j’ai joué la femme de compagnie, la confidente, la bonne à tout faire. Une mère qui m’a regardé avec des regards de haine quand à 31 ans j’ai commencé à oser vouloir vivre ma propre vie, qui m’a reprocher de ne plus assez m’occuper de ma sœur ( qui soit dit en passant est mon aîné et à plus de 40 ans !). une mère qui m’a traité d’égoïste il y a peu de temps parce que je lui ai dit que je faisais une psychanalyse. Une mère encore qui il y a à peine une semaine, avait l’air étonné que mon choix sexuel soit définitif, et s’est étonnée quand j’ai répondu à sa question en disant que j’en étais définitivement sure et certaine. Une mère qui à oser me demander pourquoi j’étais comme ça, elle qui à toujours traité mon père de salop parce qu’il avait des maîtresses, et nous le disait alors que nous étions enfant et que nous n’aurions jamais du savoir ces choses d’adulte… elle nous a pris à partie pendant des années, pendant des années il a fallu supporter les disputes quand mon père rentrait tard…

Ma mère, qui ne pouvait parler des femmes un tant soi peu féminine qu’en les traitant de pute.

Ma mère dont j’avais honte parce qu’elle n’était jamais élégante, maquillée, parfumée, exactement le contraire des maîtresses de mon père…

Son pouvoir a été immense sur ma vie, à un point que pas grand monde ne peux imaginer, d’abord parce qu’à force de vouloir gagner son amour, j’ai fais preuve de mimétisme. Mon dieu, oui ! J’ai bien failli devenir comme elle : frigide, jugeante, sournoise, insipide. En plus j’ai fais cendrillon, ou scout ! Toujours prête à rendre service, à bricoler, en bref je me suis fait exploité psychologiquement mais matériellement aussi…

Imaginez ma « surprise » et mon désarroi quand à la quatrième séance mon psy m’a dit : «  oui je l’imagine bien votre mère, la mégère avec ses pantoufles et sa robe de chambre… pas étonnant que votre père est eu besoin d’aller respirer un peu d’air ailleurs… ». Quand il m’a dit ça je n’étais pas prête à l’entendre, je lui ai même dit « je ne vous autorise pas à parler de ma mère comme ça ». Résultat cinquième rendez vous annulé, coup de fil du psy pour savoir ce qui motivait mon annulation, et gros mensonge… et  deux ans avant de retourner le voir !

Heureusement, il m’avait ouvert les yeux, (sans doute beaucoup trop brutalement, mon allure de petite dure m’a joué un tour même avec lui, il avait lui aussi présumé de ce que j’étais capable de supporter et d’entendre…), et je n’en suis pas restée là.

Là aussi j’ai fais une belle rencontre avec une sophrologue à qui je dois énormément, c’est la première personne avec qui j’ai travaillé pendant un an, pendant un an chaque lundi, elle m’a fait lâcher des sanglots qui étaient profondément enfouis au fond de moi, des sanglots d’enfants qui étaient là depuis 30 ans et qui n’étaient jamais sortis. Pendant cette année, entre la sophrologue et m’a grande histoire d’amour dont je vous ai déjà parlé, j’ai redécouvert que j’avais un corps ! Que je n’étais pas seulement une tête pensante, mais bien (je ne dirais pas une femme) un être humain avec un corps qui vit, qui respire, qui désire, qui aime désirer. J’ai commencé à réaliser que je n’étais ni aussi moche, ni aussi indésirable, ni aussi « pas baisable » que ce que j’avais toujours cru…

La traversée du désert affectif était terminée…

Mais la quête ne faisait que commencer…